Le bruit du matin
Le matin, le navire fait toujours le même bruit.
Ceux qui sont là depuis longtemps n’y prêtent plus attention.
Les nouveaux, si tant est qu’il y en ait encore, se demandent si quelque chose ne va pas.
On ne se souvient pas exactement du moment où l’on est monté à bord.
Pour certains, c’était un choix.
Pour d’autres, une nécessité.
Quelques-uns disent qu’ils ont toujours été là.
Le navire avance.
Lentement.
Parfois sans bruit.
La vie à bord n’est pas le voyage.
C’est ce qui se passe pendant qu’on est en route.
Le matin, le navire fait toujours le même bruit.
Ceux qui sont là depuis longtemps n’y prêtent plus attention.
Les nouveaux, si tant est qu’il y en ait encore, se demandent si quelque chose ne va pas.
Personne n’occupe la cabine 17.
Elle est propre.
Le lit est fait.
Certains affirment pourtant entendre des pas la nuit.
On ne demande jamais à quelqu’un depuis combien de temps il est à bord.
La question met mal à l’aise.
Comme si elle risquait de rappeler quelque chose que l’on préfère oublier.
Il y a ceux qui regardent l’horizon chaque jour,
et ceux qui ont cessé de le faire.
Les seconds semblent plus calmes.
Les premiers, plus vivants.
À bord, les repas sont silencieux.
Pas par tristesse.
Par habitude.
On mange en écoutant le navire respirer.
La vie à bord n’a pas vocation à informer, convaincre ou distraire.
Ce site n’est pas un projet.
Ce n’est pas un message.
Ce n’est pas une promesse.
On peut entrer à tout moment.
On peut repartir sans prévenir.
Ce qui est écrit ici n’a pas pour but d’être compris.
Seulement d’être traversé.
La vie à bord existe tant qu’elle est écrite.
Elle s’arrêtera sans annonce.